
Éditorial
Chères lectrices, chers lecteurs,
Dans un monde où les nouvelles technologies consomment de plus en plus de minerais, les dégâts causés par l’exploitation minière sont toujours plus croissants. L’exploitation minière, génératrice de richesse pour quelques-uns, et destructrice des écosystèmes et des communautés, catalyse les débats éthiques et environnementaux au cœur de plusieurs récits captivants. Les personnes qui défendent les droits humains et environnementaux ont une longue histoire de lutte derrière eux et elles. Le constant déplacement de populations, ainsi que les emprisonnements et assassinats perpétrés par l’industrie minière persistent. Rappelons-nous l’assassinat de Mariano Abarca en 2009, ainsi que l’emprisonnement des cinq défenseurs de l’eau de Santa Marta, au Salvador en 2023, deux cas abordés dans ce numéro.
Le CDHAL, qui soutient les mouvements sociaux en lutte contre l’extractivisme canadien, présente la 37e édition de Caminando comme un espace permettant de mettre de l’avant une variété d’initiatives de solidarité et d’espoir. Les œuvres abordent des thèmes allant de la militance artistique aux luttes des défenseur·e·s de front, et présentent une analyse historique du développement extractif dans les territoires affectés. Ce numéro de Caminando viendra clôturer le projet « Miner la vie » qui a consisté en la création de matériel éducatif – une série de baladodiffusion et cette édition de la revue – qui vise à dénoncer le modèle extractiviste canadien en Amérique latine ainsi que la responsabilité et la complicité de l’État canadien dans la violation systématique des droits humains.
Dans ce numéro, des voix s’élèvent depuis les territoires autochtones contre l’exploitation du lithium à Jujuy, en Argentine. Cette révolte souligne une dichotomie fondamentale entre l’extractivisme et la démocratie, ainsi que l’importance de repenser notre développement autour de valeurs plus durables.
L’artiste et activiste Christine Brault sensibilise et soutient les luttes citoyennes contre l’exploitation minière en Amérique latine. Les thèmes explorés sont la migration, les frontières, les droits humains, et la violence envers les femmes et la nature. Nous voyagerons ensuite dans les montagnes centraméricaines salvadoriennes, où cinq militants écologistes de l’Asociación para el Desarrollo Económico y Social (ADES), à Santa Marta, sont emprisonnés sans preuve crédible, présumés coupables d’un crime en 1989, pendant la guerre civile. Les cinq défenseurs de l’eau, qui ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre l’exploitation minière, notamment canadienne, témoignent de l’acharnement continu pour la préservation de l’eau et des territoires face à une économie extractiviste.
Dans un contexte de résistance contre l’exploitation minière au Salvador, nous partageons une critique du livre « Défendre l’eau », qui relate la lutte héroïque des communautés salvadoriennes contre l’entreprise Pacific Rim. Les auteurs témoignent de l’importance cruciale de défendre l'eau en tant que bien commun, et présentent la lutte du peuple de Cabañas. C’est dans ces montagnes que commence la bataille qui a fait du Salvador l’un des premiers pays interdisant l’extraction des métaux en 2017.
Nous verrons également, dans ce numéro, le cas de Mariano Abarca, assassiné en 2009, après avoir dénoncé les agissements d'une compagnie minière canadienne. Sa famille a déposé une plainte à la Commission interaméricaine des droits humains, dénonçant le manque d’action de l’ambassade canadienne au Mexique.
Toujours au Chiapas, dans le sud-est mexicain, l’article de Guillaume Manningham rend compte des complexités traversées par l’État, ainsi que des résistances existantes. Les communautés autonomes font face à une violence croissante, une criminalisation de la résistance et des mégaprojets destructeurs.
Ce numéro de Caminando ne peut passer à côté des 15 ans de la Coalition Québec meilleure mine, qui agit pour un secteur minier québécois plus durable. Son activisme tend à des pratiques socialement et écologiquement responsables, telles que des réformes législatives, des mobilisations contre des projets miniers, des campagnes pour la protection environnementale, et des actions en collaboration avec des Nations autochtones.
De son côté, Alexandre Maheux Diaz expose une chronologie historique du concept d’extractivisme rationnel. Accentuée par le capitalisme, la rationalité légitime l’extractivisme au détriment de la justice sociale, tout en déshumanisant les peuples autochtones. La résistance invite à exploiter les failles du système, pour ouvrir des brèches d’espoir et explorer d’autres perspectives.
D’autres articles abordent également le cas de la compagnie canadienne Aris Mining qui attaque l’État colombien, les communautés et les travailleurs et travailleuses, ainsi que la situation en République dominicaine.
La chanson « Nous sommes semences » de Carminda Mac Lorin évoque la résilience face à l’injustice et l’oppression, soulignant la capacité de croissance et de régénération. Quant au poète mexicain feu Emiliano Robles, il évoque, à travers ses poèmes, la connexion avec la nature et la nécessité de résister à la privatisation de l’eau. Ses œuvres rendent hommage tant aux communautés paysannes et autochtones qu'aux mouvements sociaux.
Les récits de ce nouveau numéro de Caminando convergent vers une conclusion essentielle : la nécessité de repenser notre relation avec la nature et de défendre les droits humains et environnementaux. Nous pouvons voir à travers ce numéro qu’un monde libre d’exploitation minière est possible!
Nous remercions toutes les personnes ayant participé à la revue pour leur précieuse collaboration : auteurs·trices, poètes, illustrateurs·trices, traducteurs·trices, réviseur·e·s, membres du comité éditorial et du comité de développement, ainsi que nos partenaires financiers et de diffusion. Nous remercions également l’artiste Liana Perez pour l’illustration de la couverture de ce numéro.
Bonne lecture!
Tennessee Maciol et Rosalinda Hidalgo
Caminando, Vol. 37 no.2 "Miner la Vie : Semer l'espoir", Novembre 2023